Je vous épargnerai la présentation du plombier fondateur ; par sa faute, une génération entière s’est laissée pousser la moustache et c’est à cause de lui que nous sommes nombreux à avoir risqué la noyade en essayant de passer par le tuyau d’évacuation des toilettes pour trouver la Warp Zone. Le Mario qui me pousse aujourd’hui à prendre la plume n’est pas un Mario comme les autres, puisqu’il s’agit de Super Paper Mario. L’équation est simple :
Super Mario Bros + Paper Mario = Super Paper Mario.
Super Mario Bros, on connaît tous : un Italien en salopette rouge saute sur des tortues pour sauver sa copine, casse des murs à coup de boule pour gagner des sous et mange des champignons pour devenir plus grand. Paper Mario n’est en revanche pas aussi connu que son ancêtre. Petit rappel des faits : après un essai plus ou moins réussi sur SNES (Super Mario RPG: Legend of the Seven Stars sorti en 1996 au Japon et aux U.S.A en collaboration avec Square Soft), Nintendo retente l’aventure d’une incursion de notre moustachu préféré dans le monde du RPG. Malheureusement, Paper Mario sort en 2001 sur une Nintendo64 en fin de vie, et de fait, ne rencontre jamais le succès qu’il aurait pourtant mérité. La recette était pourtant bonne et tenait presque dans le titre : un Mario en papier, dérisoire et attachant ; un univers qui tient tout entier dans un petit origami d’humour et de poésie. C’est finalement la GameCube qui apportera la notoriété à cette série en 2004 avec Paper Mario : La Porte Millénaire. La formule reste la même, peut-être un peu trop d’ailleurs, et c’est sans doute pourquoi Intelligent Systems décide d’offrir un petit lifting à son héros format post-it pour son arrivée sur Wii.
Laissez parler les petits papiers
Un mystérieux comte sorti de nul part, un mariage contre-nature entre l’affreux Bowser et la douce princesse Peach, un voyage à travers les dimensions, une petite fée amnésique, huit cœurs purs à réunir… D’entrée de jeu, Super Paper Mario se montre tellement bavard qu’on réalise bien vite pourquoi notre plombier est Italien. Le scénario n’en est pas pour autant aussi creux qu’on pourrait le croire passé les dix premières minutes (consacrées pour l’essentiel à appuyer sur un bouton pour faire défiler les dialogues). Sans nous transporter vers les sommets proustiens de la littérature du XXème, l’histoire réussit tout au long du jeu à distraire, surprendre parfois même et surtout remplir intelligemment sa fonction première : meubler la trame conductrice d’un RPG qui se résume à enchaîner huit stages se terminant chacun par un boss. Nous aurons vite compris que l’originalité de ce titre ne réside naturellement pas dans son scénario mais bien dans son gameplay, à la fois surprenant et très classique.
Système D !
Techniquement, on a bien affaire au départ à un jeu de plates-formes assez conventionnel. Vue de profil, scrolling principalement horizontal, le tout dans une 2D cartoon très stylisée, les habitués du genre ne perdront pas leurs repères. Pourtant, assez tôt dans le jeu, un petit ingrédient inédit vient changer la donne : Mario gagne la possibilité de faire basculer, pour un temps limité, le décor perpendiculairement et de pouvoir évoluer en 3D dans un environnement qui passe de plat à profond. Idée simple mais riche de nombreuses possibilités : face à un précipice, la vue 3D permet de découvrir une passerelle dans le décor ; contourner un ennemi imposant devient possible ; un bête mur peut se révéler cacher une porte, etc. Une idée qui pourrait aussi gâcher tout l’intérêt du jeu tant elle semble le rendre facile, pourtant c’est au niveau du level design que tout se joue. D’un bout à l’autre du jeu on se laisse surprendre par le système D, on trouve un passage secret dans un niveau qu’on a pourtant déjà traversé dix fois, et le plaisir de la découverte est renouvelé constamment, même s’il repose sur un principe dont on pourrait penser faire le tour en vingt minutes. Même si cet élément constitue le principal moteur de l’intérêt de ce titre, il serait faux de limiter l’attrait de Super Paper Mario à ce simple changement de point de vue, car à n’en point douter, au bout de cinq heures de jeu, c’est bien face à un authentique RPG que nous nous trouvons, même s’il a l’intelligence de se déguiser en jeu de plates-formes.
Attrapez-les tous !
Tous les ingrédients sont là : plusieurs personnages à réunir dans votre équipe, plus d’une dizaine de Pixels (sorte de petites fées) à découvrir et vous offrant chacun un nouveau pouvoir, des objets, des magasins, des cartes à collectionner, des recettes de cuisine, des quêtes secondaires, de nombreuses énigmes disséminées aux quatre coins du jeu… En définitive, si l’on devait comparer Super Paper Mario aux deux précédents opus, la différence ne reposerait que sur la forme du jeu, le fond étant finalement le même. On retrouve tous les éléments qui ont pu faire le charme de la série sous un aspect plus efficace et direct. Le combat au tour par tour n’offrant en définitive pas grand chose de plus que ce que l’on retrouve dans Super Paper Mario, on pourrait même se laisser aller à dire que nous avons affaire au meilleur épisode de la série, un condensé de Paper Mario en somme, qui aurait réussi à tailler au plus juste pour ne garder que l’essentiel.
Tout ce que cet opus a pu, aux yeux de certains, perdre en fraîcheur me semble compensé par un humour qui se montre ici plus présent que jamais. Super Paper Mario cultive la dérision et l’auto référence avec un charme souvent désopilant. Même si certaines allusions échapperont aux plus jeunes d’entre les joueurs, il devrait être difficile de se retenir de rire face au boss geek otaku du stage 3 par exemple. Mario se moque de lui-même, de son public, du monde du jeu vidéo dans son ensemble et multiplie les références satyriques à la légende qu’il a su bâtir depuis vingt ans.